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Le Crime des crimes - par Bessis André

Le Crime des Crimes

 
            Mon site s’enrichit aujourd’hui de son premier blog, ma joie et mon enthousiasme sont un peu assombris puisque il s’agit de témoigner de la souffrance d’un enfant.  Les messages de soutien, les encouragements, l’espoir suscité et l’affection et le pouvoir que m’accorde un enfant : « tu es mon deuxième papa, le défenseur des enfants », me terrifient : je n’ai aucune baguette magique et reste bien seul. Je me suis lancé dans un immense combat, bien inégal ; Un éternel et long combat certes, du côté de la vérité, contre la bêtise et la barbarie. Un combat pour la dignité, que l’histoire d’un pays garde toujours en mémoire. J’ai illustré dans de précédents articles sur ‘Un divorce à Créteil’, avec des récits, des vidéos et des photos, la détresse d’enfants victimes de mesures judiciaires inadaptées (cf. Dans l’intérêt de l’enfant, Enfance volée, Mon histoire). J’avais voulu être la voix de ces enfants murés dans le silence, abandonnés dans une douleur sans nom. J’avais voulu aussi être la voix de la raison et de l’humain de ce monde d’adultes murés hélas trop souvent dans un autre silence, celui au mieux de la compassion et de la résignation pour certains, celui de l’indifférence pour d’autres et celui de la compromission et de la bassesse pour d’autres encore.
 
 

Je voudrais ici, une fois de plus montrer cette photo extraite d'une vidéo. La scène se passe au Point Rencontre, l'APCE-94. J'avais commenté cette photo et avais interrogé, inquiet : Et demain ?

 

 
 

 


Deux ans après :

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  Le samedi 7 mars 2009, soit environ deux ans après la première photo, je viens voir mon fils à l’APCE et voilà ce que je vois. Bien sûr cela s’est reproduit à l’identique pour cet enfant depuis des années, dans le silence et l’insouciance. Des adultes et un enfant de 3 ans entourent l’enfant. Mon fils de 4 ans, bouleversé lui apportera des chocolats, lui demandera comment il s’appelle. L’enfant refusera les chocolats, ne dira pas son nom, ne relèvera pas la tête, cela durera de son arrivée, jusqu’à son départ. Les temps ont changé, la nouvelle responsable de l’APCE est là. Elle n’est pas dans le pur exercice de sa fonction, l’APCE est un point rencontre, non un lieu médiatisé, néanmoins, avec tendresse, psychologie, elle essaie de nouer un dialogue, en vain. L’atmosphère est pesante : chacun ressent un sentiment de culpabilité, celui de non assistance à une personne, à un enfant, en danger. Le traumatisme est général. Qui prendra la responsabilité de signaler ? Pourquoi pas les parents ? Pourquoi pas les services de l’APCE ? Mais signaler quoi ? Signaler à qui ? Qui met l’enfant en danger ? Et puis on ne veut pas parler, les enfants sont là qui écoutent et qui souffrent.
 
Il ne s’agit pas de verser dans l’émotion. Emotion n’est pas raison. L’émotion ici, n’est que l’aiguillon qui incite à la réflexion.
Les enfants, pour la plupart ici, subissent les conséquences des mesures inadaptées prises par la justice, l’absence totale de suivi, l’aliénation parentale encouragée et non sanctionnée,
 
Les inquiétudes, les interrogations sont précises. Les parents ici présents, savent que pour la quasi-totalité d’entre eux un même juge les a conduits ici. Je ne connais pas leurs dossiers mais je connais le mien, cela me fait frémir.
 
Je pense à ce juge et à mon jugement :
 
·        Pour ce magistrat, l’évolution de l’enfant est bonne, pour l’expert psychiatre désigné par la justice : « son avenir est menacé. ».
 
·        Pour ce magistrat, il n’y a pas de raison de changer, pour l’expert psychiatre : « Le maintien du statu quo actuel n'apparaît pas possible car préjudiciable aux intérêts de l'enfant. »
 
·        Pour ce magistrat, « la difficulté de la mise en place d’une relation classique entre le père et l’enfant paraissant maintenir un risque psychologique… », pour l’expert psychiatre : « la présence du père apparaît nécessaire pour sa bonne évolution et ceci sans attendre davantage. »
 
Aujourd’hui, deux ans après la première photo, devant cette même souffrance de l’enfant, ma question est la même : Et demain ?
La réponse nous la connaissons : il y a derrière nous maintenant des décennies de travaux et d’enquêtes, de rapports que nous résumerons sous formes statistiques, illustrées chaque jour par ‘les faits divers’. Pour l’enfant, ses chances de s’en sortir sont quasi nulles.
L’enfant est devenu une bombe à retardement. Pour les parents, jetés dans un conflit fabriqué ou exacerbé, la fragilisation, la marginalisation, les humiliations, les intimidations, génèrent ou aggravent la précarité et l’exclusion et conduisent à la résignation. Que convient-il de faire, comment. ? Ce combat incertain, épuisant, interminable, pour la dignité, pour l’enfant, coûte cher. Comment payer ?
 
Sur le sujet, les professionnels, psychiatres et pédiatres, sont unanimes. Maurice Berger, dont les travaux scientifiques dans le domaine de l’enfance font l’objet d’une reconnaissance internationale, écrit :
« Notre pays n’a donc pas été capable de regarder en face la gravité de ses dysfonctionnements judiciaires et sociaux et de prendre en compte les connaissances admises dans d’autres pays. En conséquence, de plus en plus de jeunes évolueront vers des comportements violents …Nous sommes là en face d’un des plus grands scandales de la cinquième République sur le plan humain, mais aussi financier. »
 
Après l’émotion bien légitime, certains se rassurent, on ne peut s’occuper de toute la misère du monde et même une certaine fierté nous envahit : nous avons été encore capables d’éprouver de la compassion. De la compassion ! Là où il faudrait de la colère, de la révolte, du courage et de l’action.
L’avocat célèbre, Me Dupond-Moretti manifestait sa révolte, en pleine affaire d’Outreau l’allusion était claire : « Quand un chirurgien se conduit en boucher, il faut l’empêcher de nuire ».

Dans l’Interview sur LCI.fr, Gisèle Doutreligne, responsable de "Allo, enfance maltraitée" déclare : « Signaler ce n'est pas dénoncer, c'est protéger…Je rappelle au passage que ne pas dénoncer, quand on a un sérieux doute, c'est devenir complice et c'est passible de sanction par la loi ».
Vos affirmations, Madame Gisèle Doutreligne sont elles toujours d’actualité, quand on a plus qu’un sérieux doute mais des certitudes étayées par des faits, mais…
Quand …Quand…Quand il s’agit de signaler, de dénoncer ceux-là mêmes qui sont là pour nous protéger !
 
Mon histoire, n’est pas l’histoire d’une erreur, d’un dysfonctionnent de la justice, d’un fait divers. L’affaire d’Outreau, souvenez-vous-en, comme l’affaire de Créteil ne sont en aucun cas des ‘faits divers’ et c’est en cela qu’Outreau a profondément marqué les esprits. La Justice est à l’image de la société. La France prenait conscience avec Outreau, avec horreur, de l’état de notre société.
 
La justice est rendue au nom du peuple français. Or, voila la justice qui est rendue en notre nom ! Nous avons, nous n’en doutons pas la justice que nous méritons, mais nos enfants méritent mieux. Alors pour eux, refusons le crime du silence, de l’indifférence et de la duplicité, le crime de la négation, du mépris de l’autre.
 
Voila pourquoi, je signale, je dénonce, j’accuse.
Combattons la barbarie, le crime des crimes, celui qui atteint nos enfants.
Publié le 15/03/2009 : 21:07  - aucun commentaire aucun commentaire - Voir? Ajouter le votre?   Prévisualiser  Imprimer l'article 

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